Le nouveau rapport de l’UNESCO souligne le défi de mesurer l’alphabétisme
Il n’existe pas jusqu’ici de consensus quant à la manière d’aborder l’alphabétisation en tant que processus d’apprentissage tout au long de la vie, en particulier de la définir et de la mesurer. Cette réalité ressort clairement du second Rapport mondial sur l’apprentissage et l’éducation des adultes (GRALE II), publié récemment par l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie.
Le Cadre d’action de Belém, adopté par les États membres lors de la sixième Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA VI, 2009), souligne que le perfectionnement des compétences de base implique un cheminement ininterrompu poursuivi par l’apprenant sa vie durant, dans le cadre mais aussi en dehors des environnements éducatifs formels. L’alphabétisation étant envisagée comme un continuum, il n’existe pas de frontière précise entre le fait d’être « lettré » ou « non lettré ». Elle devient alors une sorte d’objectif évolutif ce que les apprenants souhaitent et doivent accomplir avec leurs compétences de base dépend de leurs contextes spécifiques et évolue au fil du temps. En outre, il n’est pas garanti que les personnes possédant un certain niveau d’éducation maintiendront ce niveau toute leur vie. Les opportunités et incitations à pratiquer et à appliquer leurs compétences dans la vie quotidienne sont donc capitales. L’évolution des besoins peut exiger de nouvelles qualifications telle la capacité de communiquer par courriel, ou l’approfondissement des compétences acquises, comme la capacité de consulter d’un regard critique une page web dotée de contenus écrits, visuels et sonores.
Le concept élargi de l’alphabétisation, auquel ont souscrit les États membres dans le Cadre d’action de Belém, pose lui aussi des défis, notamment quant à la mesure de l’alphabétisme. Selon le rapport GRALE II, la plupart des pays se satisfont de recensements de population et/ou d’enquêtes auprès des ménages pour mesurer l’alphabétisme. L’écueil de cette méthode est qu’elle consiste généralement en une seule question : « Savez-vous lire et écrire ? », qui appelle obligatoirement une réponse personnelle et fermée : le répondant n’a pas d’autre choix que de se considérer comme « lettré » ou « non lettré ». Une étude menée récemment par l’Association Asie-Pacifique Sud pour l’éducation de base et des adultes (ASPBAE) constate cependant qu’un tiers seulement des personnes interrogées se déclarant lettrées réussissait un test relativement simple des compétences de base, ce qui prouve que ces méthodes ne sont pas fiables.
Le rapport GRALE II signale en outre que pas moins de 73 pays prennent simplement pour indicateur des compétences en littératie et numératie le nombre d’années scolaires effectuées. Cette méthode ne produit pas non plus des données fiables. Des enquêtes nationales et transnationales administrant des tests directs, telle l’étude PEICA récemment publiée (Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes), démontrent qu’un nombre considérable de jeunes et d’adultes se trouvent au tout premier niveau de compétences, bien qu’ils aient accompli la scolarité obligatoire. Les nombres importants d’élèves primaires aux acquis insuffisants lors des enquêtes transnationales standardisées, telles que l’étude PISA, soulèvent de vives inquiétudes quant à la qualité de l’enseignement, mais aussi au bien-fondé de recenser automatiquement comme « lettrés » les individus ayant achevé l’enseignement primaire. Le même écueil est exposé dans un récent rapport du Groupe d’experts de haut niveau sur l’alphabétisation, qui déclare que la majorité des 73 millions d’adultes européens en situation d’illettrisme ont effectivement achevé la scolarité obligatoire.
Le rapport GRALE II recommande aux pays de reconsidérer leurs définitions de l’alphabétisme ainsi que leurs méthodes de collecte des données. La perspective de l’apprentissage tout au long de la vie y est préconisée comme le moyen le plus prometteur de relever le défi de l’alphabétisation. Certains pays ont déjà commencé à harmoniser leur approche de l’alphabétisation avec des stratégies nouvelles d’apprentissage tout au long de la vie, et la nécessité d’instaurer un système standardisé à niveaux permettant de fournir des données fiables et comparables. D’autres pays participent à l’expérimentation d’approches innovantes pour mesurer l’alphabétisme, tel le Programme de l’UNESCO d’évaluation et de suivi de l’alphabétisation (LAMP). Ce dernier est parvenu à générer des données comparables au moyen de tests directs mais adaptés à une grande variété de contextes, de langues et d’écritures.
En résumé, le rapport GRALE II montre qu’il est possible de renouveler les concepts et d’adopter des approches pragmatiques pour aborder et mesurer efficacement l’alphabétisation envisagée comme « objectif évolutif ».
Informations supplémentaires sur le Rapport GRALE II : Le second Rapport mondial sur l'apprentissage et l'éducation des adultes souligne le rôle clé de l’apprentissage tout au long de la vie pour tous
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Rapport mondial sur l´apprentissage et l´éducation des adultes (GRALE) : repenser l’alphabétisation
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