UIL: Que pouvez-vous nous dire sur le développement de Ybycuí en tant que ville apprenante?
Carmen Benítez Díaz: Ybycuí est la première ville du Paraguay à rejoindre l’initiative des villes apprenantes et nous avons élaboré un processus intégratif impliquant la participation des institutions éducatives des secteurs privé et public ainsi que celle des dirigeants des communautés rurales dans 43 districts. Les citoyens participent activement et avec grand enthousiasme à chaque activité que nous mettons en œuvre ; nous avons créé un certain nombre d’activités qui en général engagent tous les citoyens et les considèrent comme des partenaires.
UIL: Pourriez-vous nous citer l’exemple d’un programme ou d’une mesure à travers lequel/laquelle votre ville encourage l’apprentissage tout au long de la vie?
Carmen Benítez Díaz: Oui, nous avons par exemple des activités que nous mettons en place avec les seniors que nous considérons comme des « bibliothèques vivantes ». Nous exploitons le savoir des citoyens plus âgés dont nous pouvons faire profiter les enfants et les jeunes adultes. Nous organisons des festivals, des rencontres et des présentations à but éducatif avec aussi l’ambition de préserver les coutumes et traditions de notre communauté, ce que nous avions perdu et que nous tentons de revitaliser. Par cette démarche, les seniors peuvent enseigner, les enfants apprendre et les jeunes adultes comprendre notre culture ou certaines de nos traditions qui sont tombées dans l’oubli. Aujourd’hui, il nous est possible de les faire revivre grâce à la participation de nos seniors.
Nous avons également des activités telles que « Même si je ne sais pas encore lire, j’apprends » que nous mettons en œuvre avec de jeunes enfants qui n’ont pas encore atteint l’âge scolaire. Mais à travers des activités récréatives, dessins, images, récits, spectacles de marionnettes, nous leur apprenons à apprécier la valeur de la lecture. Nous organisons ces journées dans des lieux publics tels que les places, lieux à proximité des écoles, tout endroit qui se prête à l’organisation d’opportunités d’apprendre.
UIL: Le Président de votre pays a manifesté son intérêt pour la promotion de davantage de villes apprenantes au Paraguay, quelle est la signification de ce message dans la réalité? Comment pouvez-vous appuyer ce processus?
Carmen Benítez Díaz: Ce message représente à la fois un ferme engagement et un défi parce que l’extension du concept de villes apprenantes à d’autres villes du Paraguay reflète également notre propre intérêt. Je souhaite que d’autres villes mettent en œuvre et développent leur propre processus afin de devenir des villes apprenantes, élaborent des programmes et stratégies pour promouvoir l’apprentissage tout au long de la vie. En ma qualité de maire de Ybycui, je collabore avec l’Organisation paraguayenne pour la coopération entre les municipalités [Organización Paraguaya de Cooperación Intermunicipal (OPACI)] pour partager l’expérience de Ybycuí et motiver d’autres maires afin qu’ils adhèrent à cette initiative d’apprentissage tout au long de la vie.
Actuellement, la municipalité de Ybycuí, l’Organisation des Etats ibéro-américains pour la culture, l’éducation et la science (OEI) et le ministère de l’Éducation et de la Culture du Paraguay, œuvrent conjointement à la conception d’une stratégie qui nous permettra de reproduire l’expérience de la création d’une ville apprenante et de l’appliquer à d’autres villes à travers le pays, en l’adaptant à leur propre contexte.
UIL: Quelles sont vos principales suggestions aux autres villes qui viennent juste d’entamer le processus?
Carmen Benítez Díaz: Il s’agit pour elles de reconnaître qu’il existe d’autres formes d’apprentissage en dehors de la salle de classe et du système scolaire et d’identifier ces dernières. Il faut valoriser l’apprentissage formel, non formel et communautaire, partager le savoir. Il faut aussi promouvoir l’apprentissage inclusif de l’éducation de base à l’enseignement supérieur, redynamiser l’apprentissage au sein des familles et des communautés.
Bien que le gouvernement municipal du Paraguay ne dispose pas d’une législation lui permettant de désigner officiellement des administrateurs locaux à des fonctions spécifiques en matière d’éducation et d’allouer des ressources, cela ne constitue pas un obstacle pour nous. Ici, à Ybycuí, nous travaillons ensemble et mobilisons des ressources financières et humaines et collaborons avec d’autres institutions et acteurs afin d’améliorer et de promouvoir l’apprentissage dans notre ville.
UIL: Comment souhaitez-vous pérenniser le processus de création d’une ville apprenante à l’avenir?
Carmen Benítez Díaz: Ce processus est pérenne à Ybycuí grâce au fait que des citoyens de tous âges participent à cette expérience. Les enfants grandissent dans une ville apprenante, de jeunes adultes exercent des activités pour consolider leur apprentissage en dehors du système scolaire ; ils grandissent et vivent avec la conscience d’être membres d’une ville apprenante. Les séniors participent à des activités qui leur permettent de partager les expériences qu’ils ont vécues au cours de leur vie. Actuellement, notre ville peut compter sur une population dévouée, nos citoyens se sont engagés à transformer Ybycuí en ville apprenante. L’enthousiasme, l’engagement et le dévouement de toutes les parties prenantes assureront la pérennité de ce projet.








