Présentation générale du programme
| Titre du programme | Programme conjoint : Appui à la promotion de l’éducation pour tous – volet éducation non formelle |
|---|---|
| Organisation chargée de la mise en œuvre | Gouvernement malgache ; Système des Nations unies |
| Partenaires de financement | Programme des Nations Unies pour le développement (UNDP) |
| Date de création | 2001– |
Contexte
En 1999, Madagascar disposait d’un programme national qui visait essentiellement le développement de l’enseignement primaire. Cependant, l’efficacité interne du système classique était faible, plus de 60 % des enfants n’atteignant pas la deuxième année du primaire. Ceci s’explique par les facteurs suivants :
- une partie non négligeable d’enfants, d’adolescents et d’adultes ne bénéficiaient d’aucune formation conçue pour répondre à leurs besoins éducatifs de base ;
- le taux d’analphabétisme élevé de 47 % ;
- la quasi-inexistence de centres de formation, notamment en milieu rural et dans le domaine du non-formel.
Aussi, le gouvernement a-t-il fait appel au Système des Nations unies pour développer, en coopération avec lui, un programme en faveur de l’éducation de base pour tous, afin de faire reculer l’analphabétisme et la sous-scolarisation de manière significative.
Programme conjoint
Élaboré au sein du Plan cadre des Nations Unies pour l’Aide au Développent (UNDAF), le Programme des Nations Unies pour le développement (UNDP) a financé le processus de formulation et de validation mené avec l’expertise de l’UNESCO. Soixante cadres des différents ministères, avec l’appui de consultants nationaux et internationaux et les points focaux des agences du système des Nations Unies, étaient chargés de sa conceptualisation. Cette expertise à base étendue garantissait que le programme s’appuyait sur des cadres de politique, des stratégies de développement et divers engagements pris par Madagascar. Il a été prévu de mener les activités au niveau des zones à haute prévalence de pauvreté qui affichent un faible niveau de demande et d’offre éducative. C’est ainsi que, dans la première phase du programme, quatre (sur six) provinces ont été selectionnées et 1 000 sites d’alphabétisation ouverts. Cette première phase (2001-2005) a permis de mettre en œuvre et de tester la faisabilité technique et financière de ces différentes approches méthodologiques innovantes, qui ont désormais démontré leur efficacité. Le programme est maintenant entré dans sa deuxième phase et a finalement été mise en œuvre sur toute l’île.
Groupes cibles
Le programme s’adresse à des groupes dont les besoins en éducation et formation ne sont pas suffisamment satisfaits ou totalement ignorés :
- Enfants d’âge préscolaire
- Jeunes déscolarisés
- Femmes et filles
- Jeunes et adultes analphabètes, sans qualification et au chômage
- Groupes vulnérables (enfants et jeunes en situation difficile, enfants sans domicile, personnes ayant des handicaps, personnes vivant dans des zones défavorisées, etc.).
Objectifs
L’objectif général du programme est d’étendre l’accès et de faciliter l’accessibilité à l’éducation de base, ainsi que d’améliorer les contextes et conditions d’apprentissage. Les objectifs spécifiques sont les suivants :
- autonomiser les jeunes et les adultes et promouvoir les activités de la communauté grâce à l’alphabétisation ;
- proposer des cours d’apprentissage accéléré à la population non scolarisée, afin de la réintégrer dans le système éducatif officiel ou de mieux l’insérer dans la vie active ;
- garantir le renforcement institutionnel et l’efficacité des structures chargées de l’alphabétisation ;
- améliorer les conditions socio-économiques des populations par la promotion d’un système d’éducation permanent et intégré
- étendre des approches alternatives à tous les domaines de l’éducation (formelle, non-formelle et informelle)
En outre, les activités prévues du programme comprennent le renforcement de capacité pour la gestion communautaire, et l’achat d’intrants et de petits équipements de base facilitant l’installation.
Réalisation du programme
Ce programme a contribué au développement d’une politique éducative informelle dans le pays. Avant tout, il a donné lieu à trois approches méthodologiques innovantes appliquées dans les trois programmes suivants :
- Alphabétisation fonctionnelle intensive pour le développement (AFI-D)
- Formation technique et professionnelle de base (FTPB)
- Action scolaire d’appui pour les adolescents malgaches (ASAMA)
Alphabétisation fonctionnelle intensive pour le développement (AFI-D)

Pour les adultes de 17 ans et plus, l’AFI-D a été menée comme moyen pour de promotion d’un développement social, économique, culturel. Elle prévoit une alphabétisation initiale (6-8 heures par jours, pendant 48 jours) et une formation de base supplémentaire (36 jours). La langue d’instruction est le malgache. Outre la lecture, l’écriture, le calcul et la comptabilité de base, il y a eu également des discussions de sensibilisation à l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’environnement, la santé, le VIH/Sida, l’éducation civique et l’éducation des enfants. Le but de ces discussions est d’encourager un changement de comportement, dans le but d’améliorer la qualité de vie des apprenants. Pour la formation de base supplémentaire, des thèmes plus spécifiques ont été choisis par les apprenants eux-mêmes. Exemple : la pêche traditionnelle, la poissonnerie, le tourisme et la protection de la biodiversité.
Les facilitateurs reçoivent un cours intensif de six semaines dispensé par des formateurs qui, à leur tour, reçoivent un cours de formation intensif de six semaines dispensé par des universités. Les facilitateurs sont des personnes ressources provenant d’ONG chargées d’assurer les services d’alphabétisation. Afin d’assurer l’acceptation du programme par la communauté ils doivent être du même village que les apprenants. Les coûts par personne se montent à 22 – 25 US$, y compris les deux étapes d’alphabétisation initiale et l’entraînement de base. Cette somme couvre la logistique, la formation elle-même et le matériel d’instruction.
Formation technique et professionnelle de base (FTPB)
FTBP est utilisé pour les adultes qui viennent d’être alphabétisés. Ils reçoivent une formation en groupes de 18 sur le secteur de leur choix, tel que l’agriculture, l’élevage de bétail, la coupe/couture et la charpenterie/menuiserie, entre autres. La formation est dispensée par des personnes ressources de proximité et dure entre dix jours et trois mois, selon la filière. Par la suite, les apprenants déjà constitués en associations peuvent demander des microcrédits, ou peuvent bénéficier d’un petit crédit pour l’achat d’intrants et de petits équipements de base.
Action scolaire d’appui pour les adolescents malgaches (ASAMA)
ASAMA est destiné aux adolescents de 12 à 17 ans. Le programme ASAMA comprend toutes les matières recommandées par le programme national d’éducation. La langue d’enseignement est le malgache, excepté pour l’enseignement du français. L`ensemble du programme primaire de cinq ans est traité en trois périodes durant les dix mois. Les enseignants ont reçu trois séances de dix jours de formation sur l’enseignement de l’ASAMA. En outre, ils doivent avoir d’excellentes capacités de communication même dans des situations difficiles et posséder une connaissance approfondie du programme d’enseignement primaire. Sur la base de 25 apprenants pas classe les coûts par apprenant s’élèvent à 104,29 US$ pour les années 2003 et 2004 y compris 55,71 US$ pour les facilitateurs et 48,57 US$ pour la logistique (comme p.e. les repas de midi, etc.)
Ambohitsoratra
Avant de commencer l’ASAMA, les apprenants peuvent suivre un cours d’apprentissage de la lecture de six semaines par Ambohitsoratra. C’est une méthode ludique d’apprentissage de la lecture adaptée de la méthode « planète des alphas ». Cette approche méthodologique fait beaucoup appel à la participation de l’adolescent, qui dans une large mesure assume lui-même la responsabilité de son apprentissage . Elle part du « vécu » et du « senti » de l’élève et s’adresse à des enfants âgés de dix ans et plus. Grâce à la méthode Ambohitsoratra, les enfants apprennent à lire le malgache. Les techniques ludiques d’apprentissage sont basées sur la participation des apprenants dans le cadre d’un conte. Le fait de personnaliser les lettres de l’alphabet selon les caractéristiques humaines rend l’histoire quasiment réelle. Les lettres peuvent être reconnues et identifiées à l’écoute et l’observation de l’histoire. En théorie, la période d’entraînement dure un mois et demi et consiste en 40 sessions de deux heures. Les sessions d’évaluation n’y sont pas incluses. Les conditions de participation stipulent que les enfants doivent non seulement habiter près d’une école qui accepte des élèves plus âgés que l’âge standard en T1 mais également posséder un acte de naissance. En outre, la participation des élèves dépend souvent des moyens financiers des parents.
Caractéristiques du programme conjoint
Les caractéristiques principales du programme sont les suivantes :
- Une approche consensuelle, dynamique et interactive basée sur la consultation ;
- filles et femmes en tant que groupes cibles
- une formule d’éducation de base innovatrice
- des enseignants et facilitateurs motivés
- échange d’expérience positive
- connexion avec la vie professionnelle
- durabilité, réplication et acceptation
Structure et monitorage
De 2001 à 2007, le programme a été sous la tutelle du ministère de la Population, au sein de la Direction de l’alphabétisation. Actuellement, il est sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique. Le processus de monitorage consiste non seulement des tests divers envoyés à tous les facilitateurs mais également des rapports d’évaluation écrits par les agents de programme et le Ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique. Une cellule nationale et six cellules régionales assurent l’exécution opérationnelle du programme, avec plus d’une centaine d’ONG comme partenaires de mise en œuvre. Les prestataires de services techniques déconcentrés, au niveau de la communauté, sont chargés de sélectionner les sites d’intervention. Chaque province a un Comité Provincial de Pilotage et, au niveau national, il existe un Conseil d’Orientation et de Validation. Depuis 2006, les formations des facilitateurs ont été décentralisées vers des chefs-lieux de province. Pour créer un environnement lettré, des centres de ressources polyvalents ont été créés au niveau des communes ; ils font fonction de bibliothèque et de centre d’information. Ils sont abrités par des structures existantes ou par la commune. Pour sa mise en œuvre, le programme s’est appuyé sur une mobilisation sociale de proximité, une utilisation rationnelle des ressources locales et le développement de partenariats. Les activités de renforcement de capacités institutionnelles et les activités d’alphabétisation constituent le pilier principal du programme. Un renforcement des capacités est actuellement effectué au niveau des communes pour qu’elles puissent assurer, à terme, la maîtrise d’ouvrage des activités d’alphabétisation.
Aboutissements des programmes
Les résultats obtenus varient selon les programmes respectifs :
1. AFI-D:
- Parmi les participants des deux premiers cycles ayant complété les quatre phases d’alphabétisation initiale 76,4 % ont des compétences de lecture et d’écriture sur un niveau minimum (après 48 jours d’alphabétisation effective).
- 35,5% d’eux ont obtenu le niveau avancé
2. FTPB :
- 73,7% des néo-alphabétisés maîtrisent leur profession à un niveau minimum
- Après avoir suivi la FTPB 63,6% des participants masculins sont compétents dans le domaine de leur profession, alors que le pourcentage s’élève à 87,5% pour les participants féminins.
3. ASAMA :
- Après dix mois de formation dans le cadre d’ASAMA 52,63% des participants ont réussi l’examen du CEPE
4. Ambohitsoratra "la Planete des alphas" :
- Au total, 66,7% des enfants ont réussi le test et 37,5% sont passés au niveau avancé
- Après un entraînement de lecture intense 18,2% de ceux qui ont quitté le programme se sont inscrits à l’École Primaire Publique (EPP) et les autres 5,5% au programme ASAMA.
Projets et défis pour l’avenir du programme
Le défi actuel, selon la feuille de route du gouvernement, est d’appliquer ces méthodologies à l’échelle nationale. Pour pouvoir augmenter la visibilité du programme et son soutien, des équipes s’efforcent actuellement de mobiliser les ressources et de sensibiliser au niveau régional et international. Si possible, le programme devrait être amplifié afin de permettre à une plus grande partie de néo-alphabétisés ayant participé au programme AFI-D d’assister à la FTPB. En retour plus de personnes formées dans le cadre de la FTPB devraient obtenir des microcrédits ce qui leur donnerait la possibilité de s’organiser elles-mêmes. En tant que membres des associations villageoises elles pourraient apprendre à renforcer leurs capacités de production et de marketing et assumer la responsabilité pour leur « village éducatif »
Enseignements tirés
Parmi les principales leçons, on peut citer :
- le rôle essentiel de la communauté dans la réussite des activités d’alphabétisation ;
- les partenariats avec les autorités locales et leur autonomisation sont des facteurs de succès des activités sur le terrain ;
- la personnalité ainsi que l’engagement des enseignants/facilitateurs sont des facteurs-clés pour le succès des activités d’alphabétisation ;
- des périodes de production et de célébrations culturelles des populations diverses doivent être prises en considération ;
- les calendriers des programmes divers prenant place dans les mêmes régions devraient être harmonisés régulièrement
- dans les zones défavorisées, la distribution de vivres (vivres en échange d’une formation)peut être un facteur favorisant l’assiduité, donc l’atteinte des objectifs ;
- les incitations, même si elles existent vraiment, ne sont parfois pas suffisantes pour garantir l’atteinte des objectifs ; des mesures de soutien sont necessaires en faveur des populations-cibles pauvres.
- la communication, la sensibilisation à l’alphabétisation et aux autres formes d’éducation non-formelle sont souvent plus efficaces que le système formel et affichent des résultats tangibles ;
- des activités post-alphabétisation doivent être prévues dès le début de l’alphabétisation.
Bibliographie
- Joint Malagasy government / United Nations System Programme for the promotion of Basic Education for All Malagasy children: Summary of the mid-course evaluation report, mars 2005
- Programme conjoint Madagascar /Système des Nations Unies pour la promotion de l’éducation de base pour tous les enfants malgaches : rapport de l’évaluation à mi-parcours du programme conjoint, version finale, 15 octobre 2004
- Joint Malagasy government / United Nations System Programme for the promotion of Basic Education for All Malagasy children: Study on the implementation of ASAMA (Accelerated compressed learning for Malagasy adolcents), décembre 2004.
Contact
Raymondine Williette Rakotondrazaka
Coordinatrice nationale de la cellule nationale de coordination et d’exécution
Ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique
Lot AVB 127 A
Avarabohitra Itaosy
Antananarivo
Madagascar
Email: Utilisateur: cnce
[AT_HOST]: (at) wanadoo.mg





