Présentation générale du programme
| Titre du programme | Programme national d’alphabétisation, mis en œuvre par l’ensemble des parties prenantes sectorielles appuyées par le projet UNESCO-PEER |
|---|---|
| Organisation chargée de la mise en œuvre | Au Burundi, l’alphabétisation est confiée à la direction du même nom, ancien Service national de l’alphabétisation |
| Langues d’enseignement | Kirundi |
| Partenaires de financement | Le gouvernement du Burundi constitue la principale source de financement |
| Partenaires | UNESCO, groupes religieux, ONG locales et internationales |
| Date de création | 1989 |
Historique et contexte
Classé 178e sur 186 à l’Indice de développement humain du PNUD (PNUD, 2013), le Burundi fait partie des pays les plus pauvres de la planète. Encore marqué par les séquelles de la guerre civile (1993-2005), il accuse de graves défaillances en termes d’énergie, de transport et de télécommunications (BAD, 2009). La population, rurale à près de 90 %, vit en grande partie de l’agriculture de subsistance. Seulement 2 % des Burundais ont accès à l’électricité (BAD, 2009).
D’après les statistiques, le taux moyen d’alphabétisme des adultes est de 67 % au Burundi, et 7,1 % des adultes de plus de 25 ans ont reçu une éducation secondaire (PNUD, 2013). Traduit en chiffres, les Burundais sont plus de 1,5 million à ne pas avoir le niveau d’alphabétisme de base et à peine plus de 210 000 à avoir fait des études secondaires. La crise sociopolitique de 1993 a porté un coup aux taux d’admission dans l’enseignement primaire, au moins un tiers des provinces (6 sur 17) ayant enregistré une baisse de 22 % de leur TNA, contre 52 % précédemment (UNESCO, 2000). Malgré cela, le Burundi a accompli des progrès considérables vers l’éducation primaire universelle. De 37 % en 1998, son taux net d’admission dans l’enseignement primaire est passé à 53 % en 2002, puis à 77 % en 2011, avec des disparités relativement minimes entre garçons et filles (UIS, 2013 ; UNESCO BIE, 2010).
Présentation du programme
La Direction de l’alphabétisation, créée par arrêté ministériel le 15 mai 1991, est chargée de superviser l’alphabétisation au Burundi. Elle a pour principale mission d’offrir aux jeunes et adultes à peine ou pas alphabétisés une formation qui réponde à leurs besoins en éducation de base et de résorber le taux global d’analphabétisme. Pour ce faire, elle les aide à acquérir des compétences en lecture, écriture, numératie et développement personnel, tout en encourageant les néo-alphabètes et les apprenants en cours de formation à constituer des groupes d’autopromotion communautaire qui favorisent le développement personnel et collectif en tenant compte du contexte et de l’environnement.
L’objectif est non seulement d’acquérir un niveau d’alphabétisme initial, mais aussi de le consolider et de l’approfondir. Les thèmes de la formation s’articulent autour des enjeux locaux et de la vie quotidienne et mettent en avant la prise de responsabilités et le développement local d’activités génératrices de revenus.
La Direction de l’alphabétisation compte quatre unités, chacune s’occupant d’un aspect du programme. Elle est structurée comme suit.

Buts et objectifs
- Créer un environnement alphabétisé favorisant le développement personnel
- Mettre en place un système de post-alphabétisation et d’éducation continue afin de lutter contre la pauvreté
- Contribuer à créer un climat social favorisant la coexistence pacifique et la confiance mutuelle à travers l’éducation pour la paix, les droits de l’homme et la démocratie
- Mobiliser la population et les autorités locales pour participer aux programmes d’alphabétisation et/ou les appuyer
Le premier objectif vise non seulement à enseigner la lecture, l’écriture et l’arithmétique, mais aussi à créer un environnement susceptible de relever le niveau d’alphabétisme et le développement individuel. Le deuxième consiste à consolider et à développer les acquis. Ce, en favorisant la lecture grâce à un système de valises-bibliothèques, qui permet d’emprunter des livres auprès des animateurs. Ces livres couvrent tous les thèmes de la vie courante et les matières enseignées en classe et permettent aux nouveaux lecteurs d’améliorer leur niveau d’alphabétisme, d’élargir leurs connaissances et de mettre leurs acquis en pratique.
Le troisième objectif s’inscrit dans le cadre du relèvement post-guerre civile en cours dans le pays, encore marqué par un climat de suspicion et de méfiance. Grâce au programme, qui ne fait aucune distinction de sexe, d’ethnie, de religion et de région, les participants apprennent à se connaître pour parvenir, à terme, à la réconciliation totale. Lors des cours d’alphabétisation, cet objectif est généralement mis en pratique sous forme de travaux de groupe supervisés par l’animateur.
Le dernier objectif vise à impliquer les autorités locales et à créer un environnement d’interdépendance. En effet, les autorités ne peuvent pas réaliser le développement durable si leurs administrés restent ignorants et, en conséquence, le programme les sensibilise à l’intérêt d’inclure l’alphabétisation dans leurs plans de développement.
Mise en œuvre du programme
Méthodes et approches d’enseignement-apprentissage
Les cours d’alphabétisation ont lieu deux fois par semaine, deux heures par séance, dans les locaux du programme ou ailleurs. Les apprenants établissent l’emploi du temps en collaboration avec leur animateur, en tenant compte des tâches ménagères, des périodes de culture et de récolte, mais aussi d’autres considérations. Chaque session dure trois mois, voire un peu plus, selon la disponibilité des animateurs et des apprenants. Ainsi, l’apprenant peut participer à trois sessions par an. L’enseignement est dispensé en langue maternelle, notamment le kirundi.
La méthode d’alphabétisation s’inspire des principes de Freire, avec une participation active des apprenants à leur apprentissage. En général, l’alphabétiseur introduit chaque séance en posant un problème à l’aide d’une affiche. Le thème choisi évoque généralement un problème auquel il convient de sensibiliser la population. Il s’ensuit une discussion entre apprenants, qui se termine par le choix d’un mot-clé, retenu pour son expressivité et la possibilité d’en dériver plusieurs autres mots. Ensuite, le mot-clé est décomposé en syllabes, à partir desquelles les apprenants forment des familles de syllabes. Pour chaque syllabe, les familles syllabiques sont écrites horizontalement dans le même ordre d’association consonne-voyelle. Il est demandé aux apprenants de les lire horizontalement et verticalement afin d’entendre l’effet de chaque voyelle sur la même consonne et vice-versa. Voici un exemple, avec le mot igiti (arbre) :

Ensuite, il est demandé aux apprenants de créer d’autres mots à partir des familles syllabiques et de les lire à haute voix, renforçant ainsi leurs acquis avant de passer à divers exercices et d’apprendre à lire. La lecture est introduite dès les premières leçons en suivant le principe de progression du simple au complexe.
Afin de conférer un caractère pratique au contenu d’apprentissage, l’arithmétique est incluse dans le manuel de lecture et d’écriture, et les participants apprennent à lire et à écrire les chiffres de 0 à 1 000 000, les unités de mesure (capacité, poids, longueur, volume et surface) et des opérations d’addition, de division et de soustraction simples.
Contenu du programme (curriculum)
Les thèmes du cours d’alphabétisation incluent la vie courante, l’agriculture, l’élevage, la nutrition, l’habitat décent, la santé, la santé procréative, l’hygiène, l’épargne, les métiers, les droits humains, et en particulier ceux de l’enfant et de la femme, et des idéaux de paix tels que la tolérance et la coexistence pacifique.
Le programme post-alphabétisation offre aux néo-alphabètes l’occasion de consolider et de renforcer leurs acquis, d’apprendre à améliorer leurs conditions de vie et d’assumer des responsabilités dans le cadre des activités de développement local.
Concernant les curricula, la Direction de l’alphabétisation a produit, proposé et fourni des programmes à l’ensemble des parties prenantes. Divers outils sont utilisés : guides du maître, livrets de l’apprenant, livrets de lecture, affiches thématiques, tableaux noirs, craie, cahiers d’exercices, stylos, etc. Par ailleurs, la Direction a conçu et réalisé des livrets de lecture post-alphabétisation.
Les supports ont été conçus lors d’ateliers, par les spécialistes de la Direction de l’alphabétisation dans le cadre d’un processus incluant quatre tâches principales :
- conception et production de figurines. Par exemple, pour le mot-clé eau, la figurine représentera une scène de la vie courante illustrant l’effort lié au transport de l’eau, la différence entre eau potable et eau polluée ou des scènes similaires
- rédaction d’une légende, sur la base d’un dessin, à associer plus tard à une affiche
- choix du contenu du livret de l’apprenant, notamment les mots-clés, pour le travail sur les lettres, les groupes de lettres, les syllabes, les mots (avec une conception simplifiée)
- rédaction de la fiche d’instructions de l’alphabétiseur, qui peut être incluse dans le manuel du maître
L’équipe chargée de réaliser les nouveaux supports d’enseignement est tenue de tester ses innovations dans un contexte similaire à celui du groupe cible en tenant compte de certains préalables. Les résultats de ces tests préliminaires aident à évaluer la pertinence et l’efficacité du contenu et à l’améliorer avant l’impression et la distribution des supports.
Recrutement et formation des animateurs
Les animateurs sont généralement salariés ou bénévoles. Ils reçoivent une formation initiale en techniques de tenue de classe, d’alphabétisation fonctionnelle et de post-alphabétisation. Le ratio moyen apprenants-animateur est de 35 pour 1. Les fonctionnaires sont payés par l’État, selon leur statut ou contrat, tandis que les bénévoles reçoivent un montant symbolique une fois par an, lors de la Journée internationale de l’alphabétisation, célébrée le 08 septembre. L’enseignement des adultes est différent de l’enseignement des enfants. C’est pourquoi les animateurs ont besoin d’une formation adaptée. Ils reçoivent un encadrement technique et une formation à l’utilisation des programmes d’alphabétisation et des outils pédagogiques.
Pour le volet formation, la Direction recherche des financements auprès des bailleurs, notamment l’UNICEF et l’UNESCO, pour former les alphabétiseurs et acheter les supports d’enseignement et de lecture à distribuer aux parties prenantes. De 2003 à2011, elle a assisté de nombreux partenaires, dont des ONG, des associations et des entités religieuses (environ 35), par la formation (d’environ 3 500 alphabétiseurs) et la fourniture de tables, de cahiers d’exercices, de stylos, de craie et de livrets de lecture post-alphabétisation. Il convient de souligner que les supports d’alphabétisation et de post-alphabétisation sont distribués gracieusement aux parties prenantes.
En outre, des visites de sensibilisation sont organisées dans les provinces et les communes en vue d’encourager les autorités locales à s’impliquer dans les programmes d’alphabétisation. Dans le cadre de la formation, la Direction organise des ateliers depuis 1996 pour renforcer les connaissances des directeurs, des travailleurs et des alphabétiseurs en techniques et méthodes d’alphabétisation fonctionnelle et de post-alphabétisation. Concernant les directeurs et les travailleurs, 200 formateurs ont participé à des ateliers pratiques d’alphabétisation, tandis que plus de 5 000 alphabétiseurs ont été formés pour le compte du Programme national d’alphabétisation.
Recrutement des apprenants
Adultes de plus de 15 ans, jeunes, femmes et filles déscolarisés, minorités (batwa), rapatriés et combattants démobilisés constituent les principaux groupes cibles. Chaque groupe compte en moyenne 35 apprenants. À l’heure actuelle, le programme est dispensé par 950 centres d’alphabétisation.
Concernant la sensibilisation, la Journée internationale de l’alphabétisation (08 septembre), célébrée chaque année par le gouvernement depuis 1990, offre une occasion spéciale pour mobiliser les décideurs à tous les niveaux et la population autour des programmes d’alphabétisation. À cette occasion, les alphabétiseurs bénévoles les plus méritants sont primés, et les diplômes remis aux néo-alphabètes des différents centres publics et privés.
Évaluation des résultats d’apprentissage
Le programme, accrédité par toutes les parties prenantes, est utilisé par les ONG locales et internationales intervenant dans le secteur. Les apprenants subissent un examen de fin de formation et reçoivent un certificat s’ils obtiennent 50 % ou plus. Toutefois, ce diplôme reconnu par l’État n’a pas d’équivalence dans l’éducation primaire. De 2004 à 2011, la Direction de l’alphabétisation a délivré 185 754 certificats aux néo-alphabètes.
Suivi et évaluation
Pour les besoins de la coordination et de la gestion, la Direction de l’alphabétisation a nommé des coordinateurs provinciaux et organise des réunions annuelles avec les partenaires pour assurer la cohérence du programme, la complémentarité des activités des partenaires et prévenir toute rivalité. Ces coordinateurs supervisent les activités d’alphabétisation dans les communes provinciales et envoient des rapports trimestriels et annuels au directeur de l’alphabétisation.
Dans les communes, des directeurs locaux supervisent les activités d’alphabétisation et de post-alphabétisation des différents centres publics et privés. Ils soumettent des rapports trimestriels et annuels au coordinateur provincial. Des visites dans les centres d’alphabétisation sont organisées pour superviser et suivre les animateurs ainsi que la bonne mise en œuvre et l’évolution du programme.
Impact et défis du programme
Impact et réalisations
Depuis 2004, la Direction de l’alphabétisation enregistre les apprenants diplômés des centres d’alphabétisation par province (Coordination) et par année. C’est ainsi qu’elle a délivré 185 754 certificats aux néo-alphabètes de 2004 à 2011.
Un projet, encore en attente de financement, est prévu pour évaluer l’impact du programme.
Défis et leçons apprises
Plusieurs défis ont été notés depuis le démarrage du programme. Le premier réside dans le manque d’implication des fonctionnaires à la base et le déficit de ressources. Une faible participation de la population cible a également été observée. Un manque d’activités de post-alphabétisation, pour consolider les acquis, a entraîné la création d’une unité ad hoc pour inverser la tendance. Les tâches assignées à la Direction de l’alphabétisation ont été mal coordonnées, en grande partie à cause de l’insuffisance des ressources. Un taux élevé d’abandon avant la fin du programme a également été noté.
Pérennité
Le programme a été bien accueilli par les participants, même s’il est difficile d’apprécier pleinement la pérennité avant d’avoir obtenu un financement suffisant. Il est déjà reproduit dans l’Est de la République démocratique du Congo, dans le cadre du projet UNESCO-PEER mis en œuvre au Burundi.
Sources en ligne
- PNUD (2013) Rapport sur le développement humain 2013 http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2013_EN_complete.pdf
- BAD (2009) An Infrastructure Action Plan for Burundi - Accelerating Regional Integration http://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Project-and-Operations/An%20Infrastructure%20Action%20Plan%20for%20Burundi%20-%20Main%20Report%20v1.2.pdf
- UNESCO (2000) L’évaluation de l’éducation pour tous à l’an 2000 http://www.unesco.org/education/wef/countryreports/burundi/rapport_2_0.html
- UNESCO BIE (2010) Données mondiales de l’éducation – Burundi http://www.ibe.unesco.org/fileadmin/user_upload/Publications/WDE/2010/pdf-versions/Burundi.pdf
- UIS (2013) Profils par pays - Burundi http://stats.uis.unesco.org/unesco/TableViewer/document.aspx?ReportId=121&IF_Language=eng&BR_Country=1080&BR_Region=40540
Contacts
Dominique Ndikumana
Directeur exécutif/Directeur de l’alphabétisation, ministère de l’Éducation : Ministère de l’Enseignement de base et secondaire, de l’enseignement des métiers, de la formation professionnelle et de l’alphabétisation
B.P.287 BUJUMBURA, Burundi
Téléphone / Fax : (257) 22234374
(257) 22231261
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