Cela veut dire au revoir, goodbye, adios, do svidania !
Ce vendredi marque la fin de mon mandat de Directeur de l’UIL, mandat que j’ai exercé pendant ces onze dernières années. Au terme de près de 30 ans passés au service de l’UNESCO, dont la plus grande part a été consacrée à l’IUE puis à l’UIL, je partirai en retraite à la fin du mois de juin. À cette occasion, permettez-moi de revenir sur l’histoire de l’Institut, qui repose sur la connaissance et la sagesse de nombreux pédagogues d’exception. Maria Montessori et Jean Piaget figurent en effet parmi les membres fondateurs de l’Institut de l’UNESCO pour l’éducation (IUE), le précurseur de l’UIL.
Dès ses premières années, l’IUE s’est largement employé à promouvoir une bonne entente au niveau international, y parvenant également parmi les peuples et nations qui avaient rarement eu l’occasion de se rencontrer et d’échanger leurs points de vue. L’étude pilote intitulée « Évaluation internationale des résultats éducatifs » (IEA), précédant toutes les études internationales sur les résultats d’apprentissage, a été menée à l’IUE entre 1959 et 1961. En 1972, avec la publication du Rapport de la Commission Faure « Apprendre à être » l’éducation tout au long de la vie (plus tard apprentissage tout au long de la vie), devient le point focal des activités de l’Institut ; une série d’ouvrages jalons sur le concept, la signification et l’évaluation de l’éducation tout au long de la vie paraît dans la série intitulée « Advances in Lifelong Learning ».
L’IUE est la première institution à traiter de l’alphabétisation et de l’alphabétisme ainsi que de l’analphabétisme fonctionnel dans les pays industrialisés. Il bâtit également sa réputation internationale sur ses activités en matière de post-alphabétisation, d’éducation permanente et d’environnements lettrés. L’Institut peut se faire fort d’avoir identifié et abordé de nombreux sujets dont la pertinence est aujourd’hui incontestable : alphabétisation, éducation des adultes, éducation non formelle, évaluation, multilinguisme et apprentissage intergénérationnel. L’UIL publie la plus ancienne revue internationale d’éducation comparée au monde, la « Revue internationale sur l’éducation ». Il s’appuie sur la sagesse intellectuelle et spirituelle de personnalités telles que Paulo Freire, Gottfried Hausmann, Paul Lengrand et Bogdan Suchodolski, tous des amis et sympathisants de l’Institut. J’ai toujours été fier de les rencontrer, de profiter de leur savoir et de poursuivre mon travail dans la tradition de leur vision. Je souhaite également saluer mes deux prédécesseurs qui ont apporté une contribution non négligeable à l’expansion et à la crédibilité accrue de l’Institut. J’ai travaillé avec eux, ils m’ont beaucoup appris : M. Ravindra Davé (Inde), qui a personnellement mené des négociations avec le gouvernement malien pour mon détachement à l’IUE, a considérablement amélioré la visibilité et la pertinence sur le plan international de l’IUE auprès de l’UNESCO et de ses Etats membres. Quant à M. Paul Bélanger (Canada), il a été le stratège et le grand architecte du tournant pris par l’IUE et des changements de paradigme intervenus dans les années 90. Il a en outre été l’un des “cerveaux” de CONFINTEA V.
Lorsque j’ai commencé à l’IUE en 1982, M. Mahtar M’Bow était Directeur général de l’UNESCO. En 1992, son successeur, M. Federico Mayor m’a nommé Spécialiste principal de programme à l’IUE puis au Siège de l’UNESCO, et enfin Directeur de l’UIL en l’an 2000. Après le changement de statut de l’IUE, devenu UIL, ma nomination en tant que Directeur est confirmée en 2006, par M. Koïchiro Matsuura, lui-même Directeur général de l’UNESCO à cette époque. L’année dernière, en 2010, après avoir atteint l’âge légal de la retraite, j’obtiens de Mme Irina Bokova, la toute première femme à la tête de l’UNESCO, une prolongation de mon mandat afin de pouvoir assurer la période de transition à l’UIL. Je voudrais leur exprimer toute ma reconnaissance et ma gratitude pour les conseils qu’ils m’ont prodigués et surtout pour la confiance qu’ils m´ont accordée.
Je remercie tous les amis, collègues et partenaires au sein ou non de l’UNESCO et dans les Etats membres de l’Organisation ainsi que le personnel compétent et dévoué de l’UIL, pour la bonne coopération et leur travail acharné et créatif pendant toutes ces années et en particulier pendant la période difficile qu’a traversée l’Institut, devant faire face à une grave crise financière et existentielle après l’an 2000. De nombreuses personnes dans le monde entier nous ont soutenus et aidés à ramener l’Institut sur des bases solides. L’apport décisif a été fourni par le Conseil d’administration de l’IUE/UIL. Il a toujours été constitué de personnalités remarquables et engagées et dirigé avec beaucoup de doigté, d’efficacité et de sagesse. À cet égard, M. Justin Ellis (Namibie), M. Anders Falk (Suède) et Mme Suzy Halimi (France) méritent une mention spéciale et j’exprime à l’ensemble des membres ma gratitude du fond du coeur.
En 2007, grâce aux efforts conjoints du ministère allemand des Affaires étrangères, de la Ville libre et hanséatique de Hambourg et de l’UNESCO, ainsi qu’aux généreuses contributions volontaires d’un certain nombre de gouvernements et partenaires, l’UIL est transformé en un Institut international de l’UNESCO à part entière, dont le nouveau nom reflète beaucoup mieux la vision qui l’anime et le mandat qui lui a été confié. Ce moment a constitué le point culminant dans ma carrière de Directeur de l’Institut. Je me rappellerai également ma présence et mon apport à la série phare de conférences internationales sur l’éducation des adultes (CONFINTEA) : j’ai effectivement assisté à CONFINTEA IV en 1985 et ai joué un rôle beaucoup plus important en tant que point focal du Siège et organisateur-clé de CONFINTEA V en 1997. Mais c’est sans aucun doute mon élection comme Secrétaire général de la sixième Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA VI) qui a représenté pour moi la consécration. J’ai eu le plaisir d’effectuer tant les travaux de préparation de la Conférence que ceux de son suivi, conscient du fait qu’il s’agit d’activités essentielles pour que les Etats membres continuent d’inscrire l’éducation des adultes et l’apprentissage tout au long de la vie au sommet de leur agenda, et pour renforcer au plan international le mouvement et la communauté des acteurs en faveur de l’éducation des adultes. De nombreuses activités lancées par l’IUE et l’UIL ont largement contribué à faire reconnaître le rôle de l’apprentissage tout au long de la vie dans la construction d’un avenir pérenne, à même de préserver la cohésion sociale, en dépit des changements rapides qui caractérisent notre époque.
Personnellement, je suis profondément convaincu de l’importance de l’apprentissage tout au long de la vie tant pour les individus que les societés ainsi que de la nécessité d’ouvrir à toutes et tous un accès égal à l’apprentissage. Je crois fermement que l’UIL, par la cause qu’il défend, à savoir l’apprentissage tout au long de la vie comme partie intégrante des politiques éducatives dans tous les pays du monde, est plus pertinent que jamais. Je transmets à mon successeur, M. Arne Carlsen, ainsi qu’au personnel et aux partenaires de l’UIL, tous mes voeux de succès dans cette entreprise. J’ai la conviction qu’ils n’auront de cesse de faire progresser, avec la plus grande détermination et créativité, la reconnaissance universelle de l’apprentissage tout au long de la vie et la possibilité pour toutes et tous d’exercer pleinement leur droit à l’éducation.