
Entretien : L'apprentissage, un atout dans l'amélioration de la gestion des eaux et des eaux usées dans les villes
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Dans un entretien accordé à l'équipe de coordination du Réseau mondial UNESCO des villes apprenantes (GNLC) de l'Institut de l'UNESCO pour l'apprentissage tout au long de la vie (UIL), M. Nader Imani, PDG et Chef de la formation industrielle à Festo Didactic, nous donne son point de vue sur le rôle significatif de l'apprentissage dans la gestion de l'eau et des eaux usées.
GNLC de l'UNESCO : Quel rôle l'apprentissage peut-il jouer dans l'amélioration de la gestion de l'eau et des eaux usées des villes ?
M. Imani : Comme vous le savez, les villes changent. Au même titre que la population mondiale, le nombre de citadins augmente. Les villes, par conséquent, ont un impact important sur tous les aspects de l'existence. Dès lors que nous parlons de la qualité de vie, de nombreux nouveaux facteurs doivent être pris en compte. S'il ne fallait en citer qu'un, l'eau. La qualité de vie en ville dépend en effet grandement de l'accès à l'eau propre. Par cela, je ne veux pas simplement parler de l'eau dans le cadre de la consommation humaine, mais aussi de l'eau dans d'autres applications urbaines, comme l'industrie alimentaire et l'agriculture. À l'état naturel, l'eau se recycle automatiquement. Cependant, dans les villes, la consommation d'eau est si importante et si concentrée que la nature finit par atteindre ses limites. Sans nouvelles technologies de gestion de l'eau, il sera de plus en plus difficile d'approvisionner les citoyens de nos villes en eau propre. C'est pourquoi nous avons besoin d'intégrer davantage de technologies avancées dans les procédés de recyclage. Il est essentiel d'assurer la qualité et la disponibilité de l'eau propre pour chaque citoyen. Nous avons donc créé un cycle d'études, l'« aquatronique, » afin de former des professionnels dans le domaine de la gestion de l'eau et des eaux usées. L'aquatronique saisit le défi des pénuries d'eau comme une opportunité de créer des emplois et d'offrir aux citoyens une meilleure qualité de vie.
Pouvez-vous donner un exemple de l'influence de l'apprentissage dans les procédés de recyclage et dans l'accès à une quantité et qualité satisfaisante de l’eau?
J'aimerais saisir cette opportunité pour vous présenter trois exemples issus de programmes que nous menons à ce jour dans différents pays. J'évoquerai ensuite nos collaborations avec les ONG et les agences de l'ONU.
Le premier exemple est celui des formations professionnelles et de l'enseignement au Pérou. Nous collaborons avec une organisation nommée SENATI (le Service national d'apprentissage et de travail industriel) au Pérou afin d'intégrer la gestion de l'eau et des eaux usées dans le programme de formation des techniciens. Nous voulons former des techniciens dans le domaine de la gestion de l'eau et des eaux usées afin d'améliorer l'accès à l'eau propre dans la ville de Lima. Aujourd'hui, un tiers de la population de Lima n'a pas accès à l'eau. Un autre tiers y a accès, mais celle-ci est impropre à la consommation. À Lima, nous mettons actuellement en place un centre pilote axé sur la gestion de l'eau et des eaux usées ainsi que sur l'aquatronique. Ce centre, bien évidemment, aura un impact au niveau national. Les mêmes problématiques sont en effet susceptibles de se poser dans d'autres villes dans le pays, comme Arequipa et Trujillo. Notre but est donc de mettre des techniciens à disposition de la ville et du pays afin qu'ils travaillent pour les autorités responsables de la gestion de l'eau et qu'ils œuvrent à améliorer sa qualité.
Nous collaborons également avec l'Energy and Water Services Sector Education and Training Authority (EWSETA), un service public de gestion des eaux en Afrique du Sud. Nous travaillons avec l'EWSETA à la mise en place d'un programme basé sur l'aquatronique qui puisse être utilisé dans le cadre de la formation professionnelle pour les techniciens de l'eau dans le pays. Le programme procurera aux élèves les qualifications nécessaires à la gestion des approvisionnements en eau et en eaux usées des villes. La technologie devrait aussi être mise à profit dans la formation continue des techniciens et des ingénieurs. L'eau est un enjeu majeur pour l'Afrique, et plus particulièrement pour l'Afrique du Sud. Encore une fois, l'intégration de technologies dans le programme de formation des techniciens assurera l'approvisionnement en techniciens et en main-d'œuvre qualifiée.
Le troisième exemple que j'aimerais mentionner est celui de notre collaboration avec l'Organisation de la formation technique et professionnelle (TVTO) en Iran. Nous dirigeons huit centres de formation professionnelle avec l'aquatronique pour objet d'étude. Là encore, ce nouveau programme éducatif pilote a pour objectif de mettre des techniciens à disposition du pays afin que ceux-ci contrôlent le recyclage des quantités minimales d'eau et la consommation d'eau par habitant.
J'aimerais aussi mentionner notre collaboration avec l'agence UNIDO (Organisation des Nations Unies pour le développement industriel). Ensemble, nous travaillons avec l'USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) à intégrer la problématique de l'eau dans les domaines de la science, de l'ingénierie et des mathématiques. Nous voulons faire en sorte que l'eau établisse une passerelle entre les sciences et les mathématiques au niveau d'étude secondaire supérieur. Notre objectif est d'améliorer la qualité et l'attractivité de l'enseignement et de faciliter la compréhension de ces problématiques dans le contexte de l'eau. Ce nouveau programme d'aquatronique a également été initié dans les centres de formation professionnelle marocains. Nous y mettons un accent particulier sur les compétences du secteur minier, un secteur qui dépend en grande partie de l'eau. Nous souhaitons également mettre en place des programmes de formation professionnelle dans d'autres pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) dont les ressources en eau sont limitées en raison des conditions géographiques. Si nous voulons promouvoir l'aquatronique dans la région, c'est premièrement pour garantir l'accès à l'eau et deuxièmement, pour redynamiser le secteur de l'emploi des jeunes.
Nous devons réussir à créer l'engouement autour de ce secteur, et c'est pourquoi nous travaillons avec WorldSkills , une ONG internationale qui fait la promotion du développement de compétences à travers le monde. Nous voulons présenter l'aquatronique comme un nouveau programme éducatif qui développe les compétences de demain indispensables aux sociétés du monde entier. Lors d'un récent évènement à São Paulo, nous avons tenu un concours d'aquatronique. Sur les quatre jours de ce concours, douze candidats venus de six pays ont utilisé différentes technologies relatives à la gestion de l'eau et des eaux usées. Ces technologies étaient issues des domaines de l'ingénierie électronique et mécanique, des technologies de l'information, de l'informatique, de l'ingénierie chimique, de la biologie et de l'économie. Il est important que les techniciens de l'eau et des eaux usées possèdent une bonne compréhension de ces sujets.
Vous avez mentionné un peu plus tôt certaines des thématiques qui nécessiteraient d'être intégrées au programme et à la formation sur la gestion de l'eau et des eaux usées. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Tout d'abord, l'eau requiert des compétences pluridisciplinaires et des connaissances issues de différents domaines. Les techniciens doivent démontrer une bonne expérience dans le domaine de l'ingénierie mécanique et comprendre les principes de l'ingénierie électronique et électrique. Des compétences dans le domaine des technologies de l'information, de l'ingénierie logicielle et des systèmes intégrés sont également indispensables. Une compréhension de la chimie, de l'ingénierie chimique et de la biologie ou de la biotechnologie compléterait également les compétences et connaissances requises dans l'exercice des emplois consécutifs à ces enseignements. Nous sommes de même intéressés par des profils économiques. Nous avons besoin d'étudiants qui savent gérer une ressource limitée (c.-à-d. l'eau) d'un point de vue économique et mesurer l'impact économique de l'eau en lien avec toute forme d'approvisionnement et de gestion d'eau. Voici les sujets que nous devons prendre en compte à tous les niveaux d'une formation en aquatronique. Nous recherchons donc davantage des profils pluridisciplinaires que des spécialistes. Notre but est de former des généralistes employables sur n'importe quel marché du travail en relation avec la gestion de l'eau et des eaux usées.
Vous avez déjà expliqué en partie la contribution de Festo Didactic sur le marché de l'emploi. Souhaitez-vous ajouter quelques précisions sur ce sujet ?
Nous développons des programmes d'initiation aux technologies utilisées par les installations de pointe dans le domaine de l'approvisionnement en eau. Nous aimerions intégrer ces technologies en classe et dans l'environnement d'apprentissage. Pour être optimal, l'apprentissage doit s'approprier les technologies les plus avancées. Nous développons des établissements de formation pratique et créons des environnements virtuels qui reproduisent des stations de traitement de gestion des eaux usées. Ainsi, nos étudiants peuvent apprendre sans prendre de risques. Nous nous servons également de l'apprentissage mobile pour accroître l'efficacité et la qualité de l'expérience d'apprentissage.





